Natures mortes

nature morte

A l’âge où l’on voit nos premières natures mortes, on est pas encore au fait de leur portée. On nous les montre à l’école, on les voit dans des livres mais on ne saisit pas le sens de ces tableaux qui pourtant dès cet âge là nous sidèrent.

En vieillissant, je ne peux m’empêcher de faire un parallèle telle ou telle oeuvre de l’école flamande et l’extraordinaire et sublime Voyage au bout de la nuit.

Il y a dans le style de la nature morte et dans le roman de Céline une même synthèse absolue de notre désespérante condition  et une manière bien profonde de renvoyer les remèdes contre la vieillesse, les chants du cygne à leurs chères études.

De même que les beautés fanées de Cope désarçonnent notre goût moderne pour le faux-semblant et la médecine esthétique, de même les natures mortes du Moyen-âge et du 17è siècle renvoyaient et renvoient encore à notre vanité.

Vanité des ambitions et rappel de la finitude et vanité de la mode et de la beauté qui oublient le lent flétrissement du corps.

Tout à l’heure je parlais de désespérance. Ce n’est peut-être pas le mot, il s’agit plutôt d’un regard désabusé et presque caustique face à la prétention.

On imagine bien les paons, les seigneurs à qui ces chefs-d’oeuvre devaient s’adresser, tout confis de leur puissance, alertes, portant beau et courtisés mais finalement aussi futilement humains que les autres.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

4 + sixteen =