More beautiful women : Contre-pied

carole bouquet trop belle

Quand on est beau, quand on est riche et qu’on est célèbre on peut presque tout se permettre. A commencer par jouer avec son image. Si le talent qu’on a est acrobate et qu’on sait retomber sur ses pieds, on peut toujours s’amuser à flouter le message, à faire comme on dit maintenant « bouger les lignes ».

Singulièrement, depuis quelques années s’est développé une culture du clair-obscur autour des individus qui incarnent la beauté. L’idée force : nous dire que ces personnes qui représentent la beauté sont aussi des êtres de chair et de sang comme les autres et pour le prouver, les voici photographiées sans maquillage et sans retouches, bref dans leur aspect le plus naturel.

Cet espère de rousseauisme esthétique permet de marquer des pauses dans l’exposition classique, sorte de respiration dans le flux continu des images fabriquées où l’on vend un rouge à lèvres, un parfum, une robe de créateur.

C’est Lady Gaga posant sans perruque et sans maquillage pour un magazine allemand. Et ce sont ces dizaines de femmes que l’on considère comme les plus belles du monde qui posent elles aussi sans fard avec pour certaines d’entre elles le parti pris de la grimace, extension supplémentaire de ce positionnement, car à l’habitude leurs clichés sont lisses.

La grimace, c’est l’humain et c’est aussi la farce. Il s’agirait donc pour Angela Lindvall, Bridget Hall, Claudia Schiffer ou encore Naomi Campbell de nous dire que ce que l’on voit d’elles de coutume n’est pas vrai, que c’est de la comédie.

Que le sérieux des poses lascives où l’ajout du produit bronzant, du produit qui masque les boutons, les cicatrices et les reliefs inopportuns sur la peau, bref ce qui fait acquérir ce statut d’icône servant de modèle à ceux qui veulent modifier leur aspect, tout ceci donc, c’est du flan et nous le prouvons avec ce détachement et ce manque de sérieux.

Je trouve cela respectable et un peu gênant. Respectable, car remettre en question l’esprit de sérieux, c’est-à-dire selon sa définition sartrienne, casser cette adhésion grotesque du personnage à la fonction, est une bonne chose. Et c’est d’autant plus une bonne chose, qu’il y malgré tout une prise de risque de la part de ces femmes, elles rompent avec cette sorte de vérité tautologique qui rend muet qu’on appelle la beauté, à qui on ne peut rien dire, que l’on ne peut pas juger et qui était si sublimement interprété par Carole Bouquet.

Ce qui me gêne, c’est que l’on soit encore dans le spectacle. Liberty Ross sans maquillage et sans retouches masquant ses boutons, c’est encore Liberty Ross posant et finalement comme un nouvel avatar de la mise en scène d’un personnage qui ne nous sera jamais accessible.

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