L’homme augmenté est-il une chimère ?

transhumanisme

Je lisais récemment un article Jean-Michel Castaing sur les accointances entre le nihilisme et le transhumanisme. Cet article fourni permet bien de comprendre comme ce mouvement contemporain prônant un dépassement de l’homme s’inscrit dans la filiation de la pensée nihiliste et comme à certains égards les vœux de cette idéologie de l’homme augmenté procèdent d’une chimère.

Quelle est la thèse de l’auteur ? Eh bien que le transhumanisme satisfait le nihilisme dans la mesure où celui-ci rejette tout à la fois le passé et le présent. En les associant tous les deux, semble-t-il-au règne de l’absurde, du non-sens et par là peut miser dans le futur.

Et précisément, ce mouvement cible le cœur de ces déroutes de sens : l’homme. Mais finalement aussi l’homme fébrile, en danger, racorni qui se repaît de valeurs et d’idéaux qui l’enferment dans sa faiblesse.

Du coup, pour Castaing, la voie est toute tracée pour lui opposer le contre-modèle de l’homme du transhumanisme. Celui dont les composants seront plus mécaniques et technologiques que chimiques et physiologiques.

L’homme voué à la performance, j’allais dire l’homme qui n’a pas besoin de penser étant donné qu’il n’a plus à se poser de questions.

L’homme enfin heureux ? L’imbécile heureux ?

C’est une chimère. D’abord parce que ce projet suppose une inféodation complète de l’esprit au corps. Dans cette idéologie, c’est la pensée qui est viciée, si le corps augmentait ses possibilités alors il ferait de l’esprit un fait inutile.

Curieux raisonnement et dangereux. Car entendons-nous bien. Si je dois devenir plus performant, plus résistant, c’est que les bras ou les jambes mécaniques que l’on va m’installer seront en relation avec un « lieu de décision ».

On se doute bien que pour faire fonctionner un membre technologique depuis le cerveau, il faudra agir par la chirurgie plastique sur ce même cerveau et probablement par les systèmes neuronaux qui actuellement me permettent de faire fonctionner ces membres.

Or, geler l’esprit, c’est-à-dire l’esprit qui s’inquiète, en bref l’esprit malheureux cela est parfaitement possible mais ça s’appelle la lobotomie.

On pourra bien offrir à des gens riches un havre de paix dans leur conscience morale mais les autres. Ceux qui n’ont pas d’argent.

J’ai quand même le sentiment que quoi que l’on fasse toutes les idéologies qui s’appuient sur un homme nouveau, libéré de ses faiblesses, finit toujours par créer de l’esclavage ou de l’extermination.

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