Les beautés fanées de Nicholas Alan Cope

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Le jugement de goût en direction de l’art éclot assez tard dans la vie d’un homme. Parfois même pas du tout. Mais j’ai le souvenir aigu que plus jeune, je fus fasciné par les natures mortes.

Or, à l’instar de l’opinion elle même puérile qui dévalorise la peinture moderne en la qualifiant d’œuvre enfantine(« le fameux mon fils de 2 ans fait mieux ») , il y a dans ces tableaux un paradoxe saisissant.

Après tout, le sujet n’en est rien d’autre que des fruits pourris dans une corbeille ou des fleurs fanées dans un vase. Mais cette expression de la mort, de l’inanité des choses de ce monde n’en est pas moins violente, intense et remarquable.

C’est l’exhortation à ne pas se focaliser sur le futile rendue de façon limpide, droite, irrévocable.
Ce sentiment de l’expression qui parle de suite, je l’ai retrouvé avec cette série de tableaux intitulée Putesco de Nicholas Alan Cope.
Légumes, morceaux de bois qui ressemblent à des serpents, fruits, tissus,  Cope  décrit un monde naturel et humain proprement en lambeaux. La pièce de viande en illustration de cet article en est l’exact résumé.

On hésite entre les conséquences d’un cataclysme et les restes d’une orgie. Sans doute y a-il des deux dans cette atmosphère sombre et oppressante. J’aime bien ce retour presque incongru aux tableaux de Van AELST à rebours de la manie moderne d’embellir quitte à masquer l’asymétrie, la pâleur ou le teint trop sombre, les rides…..

Voilà bien un exemple des limites à la comparaison entre la peinture, l’art en général et toutes les solutions actuelles censées inventer de nouveau une beauté flétrie par l’irréductible passage du temps et l’épreuve des événements.

L’art en boutique des conforts bourgeois s’effiloche dans la reduplication à l’infini des œuvres d’Andy Wahrol. Rien contre cet artiste, mais enfin l’art ne se résume à la copie d’une copie des objets de tous les jours qui ressemblent de façon si rassurante aux photos.

C’est un monde de la retouche, de la phobie de la vraie ligne charnelle et de son opacité, de sa granularité, de ses attaches aux lois de l’attraction, à sa réduction au final aux mêmes processus physiologiques, aux mêmes possibles affections ou maladies.

Les corps romancés, les corps repassés de la chirurgie plastique sont des corps aussi emprunts de ce déni global. Photoshop, crème bronzante, cosmétiques à tout-va….Il faut donner l’illusion qu’il y a là des objets autres que ceux de notre proximité, singulièrement des objets de désir , troublants, imposants, obtenant le droit à être vus et revus, bref des succédanés d’œuvres fortes qui n’empruntent à l’art véritable que l’envie de tenir en contemplatif dont la vocation est de consommer.

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