Craindre et fasciner : Phénoménologie du regard : Saison 2

desir

Il existe un beau texte de Merleau-Ponty dans lequel il décrit la dialectique envoûtante qui parcourt le rapport à mon propre corps vis-à-vis d’autrui. Car mon corps peut tour à tour être le totem de ma crainte et un objet de fascination.

Enferré dans le regard d’autrui, je suis à la merci de son jugement : trop gros, trop petit, trop grand, trop ceci, trop cela. Je suis le corps orthonormé : celui dont le sens populaire dit à juste titre qu’il est déshabillé du regard.

Habillé, je suis une cible, nu,je le suis encore plus parce que se surajoute une couche de jugement supplémentaire qui est la vérification ou la comparaison avec ce que semblait pouvoir dire ce corps quand il était encore un peu caché par les vêtements.

Mais justement, c’est autour de la nudité ou des jeux qui s’y rapportent (comme la semi-nudité) que peut se renverser le fait de soumission qui me fait d’abord esclave de l’autre. Car un corps désiré devient un maître pour celui qui le regarde. L’autre est « sans défenses », réduit à un regard englué dans lequel tout son être est engagé. C’est le Désir. Tellement prégnant et fort avec la multitude de photos, de vidéos, de couvertures qui nous inondent. Comment capter l’attention de l’internaute qui procède par zapping successifs de sites ? Avec la photo d’un star à demi-nue, dont on vend un possible dévoilement plus avancé dans une page sur laquelle il faudra d’abord cliquer.

Le clic est justement cet appel qui m’a travaillé aux entrailles. Le clic est un attrape-nigaud d’autant plus efficace que les photos qui sollicitent cette adhésion totale de mon être sont fabriquées de toutes pièces. On le dit, c’est le règne de Photoshop. Mais c’est la prouesse technique finale, avant cela on aurait rendu bronzé un corps pâle, on aura fait disparaître par des crèmes des plissures de peau, des vergetures, une cicatrice dont la taille ne colle pas au sujet.

Et avant, celle ou celui qui sait que son corps peut être cet objet de convoitise aura sur son propre avis ou sur celui d’un agent entamé une stratégie de modification par l’artifice esthétique et qui le lui reprocherait ?

Mais est-il sur que je puisse me satisfaire de la servitude de l’autre ? Nous en reparlerons bientôt.

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