Signes ou stigmates : A propos du bien vieillir

vieux

Les vieux sont-ils encore utiles ? C’est la question provocatrice que pourrait poser toute société qui considère que la performance et la beauté sont ses valeurs cardinales. C’est la société occidentale qui au fond a encore peur de poser la question mais en a déjà établi les termes, attendant quelques années pour faire apparaitre ce questionnement pour le moment en creux.

Cette société nous dit que la beauté, la belle apparence, et la performance sont ce qui est utile. La personne âgée devient donc de fait inutile précisément parce qu’elle incarne par effet miroir ou repoussoir celle qui ne se bat plus et celle qui laisse se manifester des signes de corruption de la beauté.

Cette terreur de l’âge où l’on n’est plus dans le bon moule, elle est entretenue par les médias et habilement récupérée par les marques de cosmétiques quand elle nous vendent des produits anti-âge….Le mot anti étant tellement significatif qu’on ne saurait plus le commenter.

Et si bien entendu la chirurgie participe de ce concept du « bien vieillir », on remarquera également tous ces spots de télévision nous vantant des remèdes santé pour les Seniors associés à la poursuite d’une pratique sportive et d’un respect des bonnes attitudes alimentaires, un façon de dire encore qu’il y à un devoir de retenue vis-à-vis des complaisances du temps pour rester dans le groupe.

Que donc on soit du côté de ce refus du laisser-aller à son destin biologique, et les grandes marques vous aideront à traiter les signes de l’âge, que l’on soit du côté de l’abandon et l’on désignera ces signes comme des stigmates, rangeant le désigné avec cette masse d’improductifs que doucement la société occidentale est en train de reléguer à ses frontières d’intérêt.

20% seulement des patientes sont sous l’emprise d’un diktat

hagege chirurgien esthetique

Les magazines, internet, la télévision et le cinéma font la loi en matière de beauté. Oui, on serait porté à le croire. Sans dire que c’est tout à fait faux, il convient de donner un premier chiffre : 20% seulement des femmes qui consultent un chirurgien semblent sous l’emprise d’un diktat imposé par l’une ou l’autre de ces sources. C’est ce que nous dit Jean-Claude Hagège.

Comment le sait-on ? On le sait parce qu’elles viennent avec un magazine entre les mains ou qu’elles évoquent par exemple clairement le nombre d’années qu’elles souhaitent perdre.
Elles demandent à rajeunir de 20 ou de 30 ans.

Mais cette précision doit d’emblée nous éclairer sur le caractère à la fois insolite et irrationnel de ce genre de sollicitation. Car il est bien évident que retrouver le visage qu’on avait en 1993 relève de l’utopie.

En réalité, les praticiens confrontés à ces patientes enclenchent assez rapidement sur du psychologique. En instaurant le dialogue, ils s’aperçoivent qu’elles sont souvent en situation de détresse et passent par exemple par une étape difficile de vie comme un divorce ou un veuvage.

Et les 80 % qui restent ?

Les autres, c’est-à-dire la majorité a un discours tout a fait pratique, je dirais même pragmatique. D’abord, il n’est en aucun cas question d’une métamorphose. Ces femmes(mais on pourrait sans doute en dire autant des hommes) veulent rester les mêmes après l’intervention. Elles veulent néanmoins qu’il y en quelques sorte une cohérence entre leur être et leur apparence.

C’est précisément le sens aigu de la demande autour du lifting du visage, car celui-ci s’écorne assez vite et induit une représentation de la personne qui n’a rien à voir avec ce qu’elle ressent au dedans : c’est le fameux regard fatigué forcé par la chute des sourcils et l’apparition de rides frontales et au coin de l’œil, les pattes d’oie.

Au-delà du caractère pratico-pratique de la demande, il y a en plus un réflexe salvateur de la part de ces personnes puisqu’elles envisagent leur intervention comme l’expression de ce que peut l’art du praticien. C’est-à-dire une prise de position lucide sur la technique, celle qui permet de passer d’un point A à un point B en restaurant en mieux la position de départ.

On est donc bien dans une esthétique réinventée mais dans la limite personnelle que la patiente sait pouvoir atteindre pour son mieux-être avec la certitude de ce que peut l’expertise du chirurgien.

Ce sont des patients adultes. Ils ne sont pas dans l’exigence mais dans le demande de savoir-faire. A l’instar de séances d’épilation, de massages ou de tout autre pratique en institut, elles consultent avec un idée pensée, méditée et leur parole est d’autant plus claire à comprendre.

Les recours locaux à l’infertilité

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Si beaucoup de personnes s’accrochent poings et ongles aux acquis de la modernité tunisienne, ce n’est pas pour rien. On peut dire sans fausse modestie, que nous avons l’un des meilleurs régimes de planning familial de la région.

IVG, contraception, éducation sexuelle…. La Tunisie se distingue des pays qui la bordent. Il en est de même pour les recours à l’infertilité. Beaucoup de cliniques, voire des cliniques spécialisées comme celle de Mégrine dans la proche banlieue de Tunis sont des issues légales et expertes aux couples tunisiens concernés mais également à des couples étrangers.

C’est d’ailleurs en vertu de cette expertise que la fécondation in vitro fait partie des pôles de compétitivité du tourisme médical dans le pays, à l’instar de la chirurgie esthétique ou encore des cures de thalassothérapie.

Confronter le tabou

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La médecine s’extrait de la gangue du tabou. Elle autopsie quand la dépouille est sanctuarisée. Elle émet des hypothèses sur la circulation sanguine, quand le sang est sacralisé. Elle invente même cette prophylaxie aujourd’hui basique qui consiste à se laver les mains avant d’ausculter ou d’inciser à une époque où ce geste est jugé intolérable.

Le saut qualitatif qui dans l’histoire permet à la médecine de devenir efficace, c’est-à-dire de passer de l’art à la science, il se perpétue. Non plus contre les anathèmes religieux. Mais contre la vitalité de principes moraux entravants quasiment infantiles.

Je vous donne un exemple. On a longtemps dit que la liposuccion, cet acte presque terrifiant qui pouvait causer des anémies sévères, devait être réalisé avec force précautions : comprenez en superficie et en type de patients.

Rétrospectivement, on s’aperçoit que cette prévention n’avait ni queue ni tête puisqu ’on peut parfaitement extraire jusqu’à  litres de graisse sur plusieurs zones de l’anatomie et qu’en plus, cette intervention-et sauf cas particuliers- est efficace sur à peu près tous les échelons de la pyramide des âges.

Rétrospectivement toujours, on s’aperçoit que l’ombre jeté sur la liposuccion, n’est rien d’autre que la puissance du souvenir inconscient des outrages de la saignée. Retirer de la graisse en grande quantité, n’est-ce pas assimilable à cette vertigineuse thérapeutique ancestrale qui reposait sur l’idée que le sang évacué était un sang « chargé » en humeurs mauvaises ?

Donc, au final,notre pratique, la chirurgie esthétique en Tunisie, est le résultat d’un combat gagné contre certaines arriérations qui disaient par exemple qu’il est dangereux de retirer trop de liquide graisseux et surtout sur n’importe qui. Oui, c’est une confrontation gagnée avec le tabou, celle qui  dans les années 80 avec des visionnaires comme Illouz fait avancer une technique qui a toujours autant de vertus.

Ne l’oublions pas. Nous parlons d’un acte chirurgical qui fait disparaître des causes morbides sans doute avant que de faire disparaître des occasions d’être mal à l’aise avec son esthétique. Le corps fabrique des graisses pour stocker des réserves d’énergie, mais dans un monde où la satisfaction des besoins caloriques pour créer cette énergie est surnuméraire, il faut bien trouver une solution pour traiter la graisse en trop.

Et ce n’est pas l’image péjorative de la vidange qui nuira à l’intérêt de cette intervention.

Craindre et fasciner : Phénoménologie du regard : Saison 2

desir

Il existe un beau texte de Merleau-Ponty dans lequel il décrit la dialectique envoûtante qui parcourt le rapport à mon propre corps vis-à-vis d’autrui. Car mon corps peut tour à tour être le totem de ma crainte et un objet de fascination.

Enferré dans le regard d’autrui, je suis à la merci de son jugement : trop gros, trop petit, trop grand, trop ceci, trop cela. Je suis le corps orthonormé : celui dont le sens populaire dit à juste titre qu’il est déshabillé du regard.

Habillé, je suis une cible, nu,je le suis encore plus parce que se surajoute une couche de jugement supplémentaire qui est la vérification ou la comparaison avec ce que semblait pouvoir dire ce corps quand il était encore un peu caché par les vêtements.

Mais justement, c’est autour de la nudité ou des jeux qui s’y rapportent (comme la semi-nudité) que peut se renverser le fait de soumission qui me fait d’abord esclave de l’autre. Car un corps désiré devient un maître pour celui qui le regarde. L’autre est « sans défenses », réduit à un regard englué dans lequel tout son être est engagé. C’est le Désir. Tellement prégnant et fort avec la multitude de photos, de vidéos, de couvertures qui nous inondent. Comment capter l’attention de l’internaute qui procède par zapping successifs de sites ? Avec la photo d’un star à demi-nue, dont on vend un possible dévoilement plus avancé dans une page sur laquelle il faudra d’abord cliquer.

Le clic est justement cet appel qui m’a travaillé aux entrailles. Le clic est un attrape-nigaud d’autant plus efficace que les photos qui sollicitent cette adhésion totale de mon être sont fabriquées de toutes pièces. On le dit, c’est le règne de Photoshop. Mais c’est la prouesse technique finale, avant cela on aurait rendu bronzé un corps pâle, on aura fait disparaître par des crèmes des plissures de peau, des vergetures, une cicatrice dont la taille ne colle pas au sujet.

Et avant, celle ou celui qui sait que son corps peut être cet objet de convoitise aura sur son propre avis ou sur celui d’un agent entamé une stratégie de modification par l’artifice esthétique et qui le lui reprocherait ?

Mais est-il sur que je puisse me satisfaire de la servitude de l’autre ? Nous en reparlerons bientôt.

Phénoménologie du regard-Saison 1

phenomenologie du regard

Ce qu’est Autrui ? Personne, ni vous,ni moi ne le savons vraiment. Ce que l’on sait des autres, c’est ce qu’il nous montrent volontairement ou à leurs corps défendant. Le comportement, la mine, l’attitude, ce sont des manifestations phénoménales de l’autre : colère, joie, neutralité…..

L’expression, nous sommes là dans une zone moyenne entre le volontaire et le spontané. Dans le contexte qui est le nôtre, il y a pourtant un fait de définition de l’autre que nous croyons pertinent sans le comprendre vraiment.

Soit le haut du visage. Les rides du front, la forme et l’allure des sourcils, le nombre et la visibilité des rides. Qu’est-ce que ça nous dit ? Bien sur une sorte de carte de visite avec l’âge de l’autre mais aussi un aperçu de son mode de vie et de son état d’esprit.

On dira par exemple que cette personne a un regard qui trahit les soucis, l’inquiétude. On a pas affaire à un boute en train. Mais pourquoi ? Parce que ce regard est éteint et pourquoi l’est-il ?

Il l’est parce qu’il y a des rides au niveau du coin des yeux, parce que les paupières supérieures ont tendance à recouvrir les yeux comme sur ces chiens dont on ne voit plus les yeux.

Et bien quoi ? Il suffit juste d’un lifting frontal et hop, voici la personne révolutionnée, paraissant plus jeune, oui, mais surtout paraissant plus enjouée, plus dynamique et finalement plus digne d’attention, plus digne de confiance.
Que s’est-il passé entre ces deux phases ? Nous y reviendrons.

Les nouveaux territoires anatomiques de la chirurgie

histoire chirurgie

Si brièvement, on devait faire une histoire de la chirurgie esthétique à l’aune des zones du corps traitées, on s’apercevrait que le mouvement va du plus large au plus particulier. Visage, abdomen, seins, cuisses, fesses et depuis quelques années les lèvres, les aisselles, les bras et le sexe.

Ce mouvement qui va vers le détail participe à la fois des progrès de l’art et d’une tendance lourde : le besoin de rendre plus attirants des parties du corps auparavant protégées par l’intimité et qui en soit ne sont pas « sexy ».

A cet égard, le fait anatomique des poils habituellement associé à un sentiment de répulsion est-il devenu une sorte d’ennemi numéro 1 qu’il faut vaincre par le laser ou l’incision. Il en va de même pour les organes génitaux.

Du coup, des sites majeurs sont de plus en plus consultés pour lutter contre cette partie animale en nous qui nous fait transpirer ou avoir une pilosité.

Une aventure dans les entrelacs physiologiques et psychologiques de la faim

pourquoi jai faim

En théorie, nous devrions êtres tous maigres

Quand on y pense, c’est simple de ne pas prendre de poids. Il suffit de manger équilibré. Mais que veut dire vraiment cette antienne qu’on nous ressasse depuis la petite enfance ? Eh bien qu’en somme, il faut manger des aliments suffisamment variés pour apporter à son organisme la quantité de protéines dont il a besoin chaque jour pour fonctionner.
Sur le papier, c’est facile. Là où ça se corse, c’est dans l’habillage des aliments que nous mangeons, dans la donné irréductible du plaisir et dans le fait que l’appétit outrepasse sa stricte dimension organique.
Mets raffinés, menus complets avec mise en valeur de la viande, fromages…. Sur le couvert et sous couverts de l’alimentation nécessaire se cachent des sources de prise de poids que nous ne voyons pas. Et puis il y a le plaisir. C’est bon de manger des aliments qui sont bons. C’est comme ça, nous sommes des êtres du goût. Enfin,il y a tous ces mécanismes psychologiques de compensation, d’oubli, de substituts qui prennent la nourriture comme objet transitionnel et qui permettent de comprendre ces conséquences douloureuses que sont l’obésité ou l’anorexie.

Le livre du docteur Marie Thirion (« Pourquoi j’ai faim ») explore les méandres de ce besoin-désir qui pose tant de problèmes. Elle nous rappelle que nous sommes génétiquement et culturellement programmés depuis l’homme de Neandertal pour grignoter n’importe quand et de manger tant qu’il y a de la nourriture pour assurer un travail musculaire intense et quotidien.

Sauf qu’à notre époque, l’obligation de chasser et de cueillir pour manger a disparu. Le temps consacré à la recherche à la préparation de la nourriture s’est énormément réduit. Nous sommes des sédentaires qui vivons dans l’abondance. Et ce trop plein de nourriture est d’autant plus dangereux qu’il s’agit d’une alimentation préparée et riche.

Marie Thirion évoque donc un hiatus entre nos dispositions alimentaires et la réalité de nos usages nutritionnels.

Régimes et soins médicaux en tous genres

La nostalgie des temps préhistoriques étant très peu efficiente en soi, il nous reste la quête des attitudes ou des décisions qui nous permettront de limiter les effets de cette consommation avide sans commune mesure avec nos besoins structurels.

Ce sont ces régimes dont un nouvel avatar semble sortir de nulle part toutes les semaines ou tous les mois. Prescription médicale ou mode ? Nous avons fini par comprendre que les régimes ne servent à rien parce que fondamentalement notre organisme est plus malin que nous.

Oui, le corps stocke. Il stocke car il constaté de la pénurie. Et quand le corps stocke, il engrange des réserves de graisse. Des graisses-poubelle nous dit le médecin, celles-là même qui expliquent l’apparition puis la croissance de nos bourrelets. Ceux-là même qui justifieront cette chirurgie en Tunisie qui coûte peu chère en regard des régimes diététiques ou des opérations du même acabit qu’on aurait faites en France.

La chirurgie n’étant ici qu’une des modalités de la très large offre de soins médicaux ou supposés tels qui doivent nous aider à retrouver la ligne et à ne plus ressembler à des baudruches. On comprend du coup pourquoi les nutritionnistes ne sont pas de trop dans ce monde où le trop plein de nourriture est une gifle permanente à des modèles de physionomie qui supposent son rejet.

Ce vieux désir d’une poitrine parfaite

docteur Czerny

Nous aimons à répéter que la perfection n’existe pas et pourtant nous nous imposons des règles qui ressemblent à s’y méprendre à un désir d’absolu. Les parents sont exigeants avec leurs enfants, les coquets et les coquettes poussent le souci du détail à la limite de l’obsession et les femmes profitent de chaque miroir pour regarder leurs formes.

Le souci d’être belle, c’est le souci d’un maquillage adapté à son visage et c’est aussi le désir de plaire en raison de ces formes. Si la préoccupation des fesses galbées et de la taille de guêpe sont assez récentes, on sera surpris d’apprendre que celle d’une poitrine avenante est très ancienne.
Ce qui nous le dit, ce sont précisément les balbutiements d’une « médecine » mammaire qui prélude à notre chirurgie des seins moderne qui repose sur les implants ou les injections de graisse.

Il est fou de constater que depuis le début, c’est en direction de ces deux techniques que les premiers inventeurs ont réfléchi. Huile de paraffine, dispositifs ressemblant à des enveloppes, on est déjà dans la dualité « injections » contre « objets additionnels ».

A la fin du 19ème siècle,un chirurgien allemand, le docteur Czerny publie la première description d’un dispositif implantatoire censé corriger l’asymétrie résultant de l’ablation d’une tumeur sur l’un des seins.

Nous sommes en 1895. C’est-à-dire il y a plus de cent dix ans et ce que l’on peut dire, c’est qu’avec la sexualisation à outrance des corps que favorise internet, nous ne sommes pas prêts de sortir de ce culte de la belle poitrine.